Jouer pour s'entraîner
Texte

Après un AVC ou un traumatisme crânien

Jouer pour s'entraîner

Certains jeux vidéo font travailler exactement ce qui vous gêne aujourd'hui : changer de méthode, organiser, garder le fil, se retenir. Cette page dit lesquels, et ce que la recherche montre vraiment.

Ce que cette page est, et ce qu'elle n'est pas

Votre médecin vous a indiqué cette page parce que vous avez des difficultés d'organisation, d'attention ou de contrôle depuis votre accident. Ces difficultés portent un nom : le syndrome dysexécutif.

Les jeux proposés ici ne sont pas un traitement et ne remplacent aucune séance de rééducation. Ce sont des entraînements : ils font répéter, longtemps et sans ennui, des efforts que l'on ne tiendrait pas sur une feuille d'exercices.

Rien de ce qui suit ne s'achète sur ordonnance. Vous pouvez tout essayer, en parler à votre équipe, et arrêter ce qui ne vous convient pas.

Quatre règles avant de commencer

  • Peu à la fois, souvent20 à 30 minutes, plusieurs fois par semaine, vaut mieux que deux heures le dimanche.
  • Arrêtez avant d'être épuiséLa fatigue efface le bénéfice de la séance. Dès que ça devient flou ou pénible, vous arrêtez.
  • Un seul jeu à la foisRestez sur le même pendant plusieurs semaines. Les progrès viennent de la répétition, pas de la variété.
  • Dites-le à votre équipeNotez ce que vous faites et parlez-en en consultation. C'est là que le jeu devient utile.

Qu'est-ce qui vous gêne le plus en ce moment ?

Choisissez une seule phrase, celle qui vous ressemble le plus. La page n'affichera alors que la partie qui vous concerne.

C'est volontaire : les jeux proposés ne conviennent pas à tout le monde, et en essayer plusieurs à la fois ne sert à rien. Vous pourrez changer de difficulté à tout moment, en haut de la page.

Choisissez d'abord votre difficulté ci-dessus. Les jeux qui vous conviennent apparaîtront ici, et seulement ceux-là.

Votre choix

Changer de méthode

Votre cerveau reste accroché à la première solution trouvée. Même quand elle échoue, vous la répétez.

Par exemple : la clé n'entre pas, et vous continuez à forcer au lieu d'essayer l'autre clé.

Les jeux qui font travailler ça

Les jeux de stratégie, où l'adversaire change de plan et vous oblige à changer aussi.

  • Into the Breach — chacun joue à son tour, aucune pression de temps. C'est le meilleur point de départ.
    Ordinateur, console, téléphone · une quinzaine d'euros
  • Age of Empires — plus vivant, plus de choses à gérer en même temps. À réserver pour la suite.
    Ordinateur · payant
  • StarCraft II — le jeu utilisé dans les études. Jouez contre l'ordinateur, difficulté la plus basse.
    Ordinateur · gratuit
Ce que la recherche montreC'est ici que les preuves sont les plus solides : ce type de jeu améliore vraiment la souplesse mentale, y compris en dehors du jeu. Mais les études ont été faites chez des personnes en bonne santé, avec environ 40 heures de jeu. On ne l'a pas encore démontré après un AVC.
↑ Revenir à la liste des difficultés
Votre choix

Organiser et planifier

Vous voyez le but, mais pas le chemin. Les étapes ne se mettent pas dans l'ordre.

Par exemple : préparer un repas où trois choses doivent cuire en même temps.

Les jeux qui font travailler ça

Les jeux de casse-tête, où il faut avoir un plan avant d'agir.

  • Portal 2 — le jeu le mieux étudié pour la résolution de problèmes. Il existe un mode à deux joueurs, très bien avec un proche.
    Ordinateur, console · une dizaine d'euros, souvent moins en promotion
  • Monument Valley — beaucoup plus doux, sur téléphone, sans aucun stress. Bon premier jeu.
    Téléphone, tablette · quelques euros
  • Baba Is You — il faut découvrir la règle avant de résoudre. Exigeant : à garder pour plus tard.
    Ordinateur, console, téléphone · payant
Ce que la recherche montreDans une étude, 8 heures de Portal 2 ont amélioré la résolution de problèmes, le repérage dans l'espace et la persévérance — et ont fait mieux qu'un logiciel d'entraînement cérébral vendu pour ça. L'étude portait sur 77 étudiants, pas sur des patients.
↑ Revenir à la liste des difficultés
Votre choix

Garder les choses en tête

Les informations s'effacent pendant que vous les utilisez. Une interruption suffit à tout perdre.

Par exemple : vous partez chercher trois choses et vous revenez avec une.

Les jeux qui font travailler ça

Attention ici : les applications d'« entraînement cérébral » vous feront progresser sur leurs propres exercices, rarement dans la vie de tous les jours. Préférez des jeux où retenir sert vraiment à quelque chose.

  • Mini Metro ou Mini Motorways — suivre plusieurs lignes à la fois, calmement, sans violence ni chronomètre agressif.
    Ordinateur, téléphone · quelques euros
  • Dorfromantik — très apaisant, on pose des tuiles en tenant compte de ce qu'on a déjà posé.
    Ordinateur, console · payant
  • Les jeux de cartes en famille — belote, tarot, 8 américain. Gratuits, sociaux, et ils font le même travail.
    Table de cuisine · gratuit
Ce que la recherche montreC'est la partie la plus décevante. On progresse presque toujours sur l'exercice entraîné, et beaucoup moins sur la vie quotidienne. Pour cette difficulté-là, les aides extérieures — agenda, alarmes, listes, une chose à la fois — restent plus efficaces qu'un jeu.
↑ Revenir à la liste des difficultés
Votre choix

Se retenir, freiner

Le geste ou la parole part avant la réflexion. L'agacement monte vite.

Par exemple : vous coupez la parole, ou vous achetez sans réfléchir.

Les jeux qui font travailler ça

Les jeux au tour par tour, où rien ne bouge tant que vous n'avez pas décidé. Ils entraînent l'attente et la vérification avant d'agir.

  • Into the Breach — vous voyez exactement ce qui va se passer avant de valider. Vous pouvez annuler.
    Ordinateur, console, téléphone · une quinzaine d'euros
  • Les échecs (application ou plateau) — en jeu lent, plusieurs jours par partie si besoin.
    Partout · gratuit
Ce que la recherche montreC'est la composante la moins étudiée. Aucun jeu n'a démontré qu'il réduisait l'impulsivité dans la vie réelle. Ce qui marche, c'est de s'entraîner à dire à voix haute ce qu'on va faire avant de le faire — et le jeu n'est qu'un terrain d'entraînement pour ça.
↑ Revenir à la liste des difficultés
Votre choix

Faire deux choses à la fois

Séparément, tout va. Ensemble, tout s'effondre — et c'est souvent là qu'on trébuche.

Par exemple : vous vous arrêtez de marcher dès qu'on vous pose une question.

Les jeux qui font travailler ça

Les jeux où l'on bouge le corps en réfléchissant. À faire debout uniquement si vous tenez debout en sécurité, et de préférence avec quelqu'un à côté au début.

  • Ring Fit Adventure ou Just Dance — sur console Nintendo Switch. Efficaces, mais le matériel coûte cher.
    Console · investissement important
  • Curapy.com — plateforme française de jeux conçus pour la rééducation, gratuite, utilisable avec votre thérapeute.
    Ordinateur · gratuit
Ce que la recherche montreC'est le domaine le mieux documenté après un AVC : ces jeux améliorent l'équilibre, la marche et l'autonomie, surtout quand ils demandent de bouger et de réfléchir. L'effet sur l'organisation et la mémoire est moins établi.
↑ Revenir à la liste des difficultés
Votre choix

Se mettre en route

L'envie n'est pas le problème. C'est le démarrage qui ne se déclenche pas.

Par exemple : la journée passe et rien de ce qui était prévu n'a été commencé.

Ce qui aide vraiment

Là, le choix du jeu compte moins que la manière. Ce qui fait démarrer, ce sont : un rendez-vous fixe (même jour, même heure), une séance courte (15 minutes suffisent), et surtout quelqu'un avec vous.

  • Un jeu à deux — Portal 2 en coopératif, un jeu de cartes, une console partagée. La présence d'un proche est le déclencheur le plus efficace.
    Avec un proche
  • Curapy.com — séances courtes et cadrées, suivies par un professionnel si vous le souhaitez.
    Ordinateur · gratuit
Ce que la recherche montreCette difficulté à démarrer répond mal aux jeux seuls. Si elle domine votre quotidien, parlez-en explicitement à votre médecin : elle est fréquente après une lésion cérébrale, elle se confond souvent avec une dépression, et elle se prend en charge.
↑ Revenir à la liste des difficultés

Comment jouer pour que ça serve

C'est le point le plus important de la page. Jouer sans méthode entraîne surtout à mieux jouer. Ces cinq gestes, à faire dans l'ordre à chaque séance, sont ceux qui font passer le bénéfice dans la vie réelle.

  1. Dites votre but à voix hauteAvant de commencer : « je vais essayer de passer ce niveau en réfléchissant avant chaque coup ».
  2. Annoncez votre plan avant d'agirÀ voix haute, même seul. Cette phrase dite à haute voix est le vrai exercice.
  3. Quand ça bloque, arrêtez-vous et changezSi vous avez échoué deux fois de la même façon, la troisième ne marchera pas. Essayez autre chose.
  4. Faites une pause à mi-parcoursPosez la manette. Demandez-vous : est-ce que je suis toujours en train de faire ce que j'avais prévu ?
  5. Notez trois lignes à la finCe que vous avez fait, ce qui a bloqué, ce que vous essaierez la prochaine fois. Apportez ces notes en consultation.

Ce que ces jeux ne font pas

Il faut être franc avec vous, parce que d'autres sites ne le seront pas.

Une étude a suivi 90 personnes après un traumatisme crânien, réparties en trois groupes : jeux dits « de rééducation », jeux du commerce, et rien du tout. Au bout de huit semaines, les trois groupes avaient progressé de la même façon. Et dans le groupe « jeux de rééducation », l'humeur s'était légèrement dégradée.

La leçon n'est pas qu'il ne faut rien faire. C'est que le jeu qu'on vous vend comme médical n'est pas meilleur que celui qui vous plaît, et qu'un exercice imposé qui vous renvoie chaque jour à vos difficultés peut faire du mal. Si un jeu vous démoralise, il est mauvais pour vous, quelle que soit son étiquette.

Ce qui a fait ses preuves après un traumatisme crânien, ce ne sont pas les exercices sur écran isolés : ce sont les méthodes qui vous apprennent à vous observer, à vous fixer un but et à vérifier où vous en êtes — exactement les cinq gestes ci-dessus. Le jeu n'est que le terrain.

Précautions

Épilepsie

Après un AVC ou un traumatisme crânien, le risque de crise est plus élevé. Certains jeux comportent des flashs lumineux rapides. Si vous avez déjà fait une crise, ou si vous prenez un traitement antiépileptique, parlez-en à votre médecin avant de commencer et évitez les jeux d'action rapides.

Achats dans les jeux

Si vous avez tendance à agir sans réfléchir, évitez tout jeu qui propose des achats, des coffres à ouvrir ou des récompenses au hasard : ces mécaniques ressemblent aux jeux d'argent et sont conçues pour cela. Tous les jeux cités sur cette page en sont exempts.

Fatigue et chutes

Ne jouez pas debout sans avis de votre kinésithérapeute. Ne jouez pas juste avant de dormir. Si les maux de tête, les vertiges ou la fatigue augmentent les jours où vous jouez, réduisez ou arrêtez et signalez-le.

Ce n'est pas un avis médical

Cette page est une information générale. Elle ne remplace ni votre rééducation, ni la consultation, ni les décisions prises avec votre équipe soignante.

Votre carte de séance

À imprimer, remplir après chaque séance, et apporter en consultation.

Ma difficultéà choisir plus haut
Mon jeu 
Durée prévue20 à 30 minutes
Mon but aujourd'hui 
Ce qui a bloqué 
À essayer la prochaine fois 
Fatigue après (0 à 10)